Lou Coucardié Rouge & Blanc
Nostre Païs Rouge & Blanc
Les Cépages
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septembre 6th, 2019

L’improvisation : l’agriculture bio face au changement climatique


Pour rappel, nous sommes vignerons bio et sommes convaincus qu’en plus de produire des vins qui expriment totalement leur terroir, cela aide à lutter contre le changement climatique. « Comment ? » direz-vous. En rehaussant la fertilité du sol sans produits industriels, en réduisant l’émission de gaz à effet de serre, en stockant le carbone dans le sol, et en améliorant la résilience au changement climatique à travers la biodiversité.

Mais les températures record de cet été et un récent article dans Science Advances, « Increased atmospheric vapor pressure deficit reduces global vegetation growth », ont mis en évidence à quel point le challenge est énorme. Lisez le résumé du journal Le Monde : « Climat : la croissance végétale en panne sèche ». Les auteurs ont étudié le déficit de pression de vapeur, et ont constaté qu’il avait considérablement augmenté depuis les années 90. Un déficit plus élevé interfère avec la photosynthèse des plantes, entrave la croissance et augmente le taux de mortalité de la végétation et des forêts.

Cela nous a fait réfléchir… Nous avons étudié nos propres données, observé le taux de pluie annuel et les températures quotidiennes les plus hautes. Etant donné que l’étude a souligné la fin des années 90 comme le point de basculement, nous avons choisi d’étudier les 25 dernières années. Dans le but de faire une moyenne des différences annuelles, nous avons séparé l’étude en segments de 5 années.

Que nous ont dit les chiffres ?  

Nos étés deviennent de plus en plus chauds. Nous sommes passés de 220 jours avec une température à plus de 30°C sur la première période à 367 entre 2014 et 2018! Cela signifie que depuis 1994, nous avons vécu un mois de plus avec des températures au-dessus de 30°C.

Voilà ce que nous avons découvert quant au taux de pluie : un déclin stable est observé. Nous sommes passés d’une moyenne de 797mm de pluie entre 1994 et 1998 à une moyenne de 577mm entre 2014 et 2018. Soit un déclin de 28% !

Quelles sont les conséquences pour nous ?

L’augmentation des températures entraîne la transpiration des plantes et donc une perte d’humidité. Plus les précipitations limitées, nous devons faire face trois à difficultés majeures.

Tout d’abord, comment assurer suffisamment d’humidité à nos vignes ? Puisque nous ne pouvons pas invoquer la pluie, ou stopper l’augmentation des températures, notre seule solution doit s’articuler autour de trois axes : piéger l’eau dans nos sols, aider nos vignes à limiter leur transpiration et apporter de l’eau à travers une irrigation intelligente (en Costières de Nîmes, nous avons la chance de bénéficier du canal Philippe Lamour).

Puis, comment atténuer l’impact de la proximité de différents types de végétation, que ce soit l’enherbement ou les zones boisées ? Nous sommes fiers de maintenir la biodiversité grâce aux bois, à la garrigue et l’enherbement qui entourent nos vignes. Mais étonnamment, cette année, les vignes avec enherbement ont moins bien résisté, et les vignes proches des zones boisées ont le plus souffert des pics de chaleurs.

Enfin, comment déterminer à quel moment appliquer les produits cruciaux à la bonne santé des vignes ? La première vague de chaleur en juin a eu des résultats dévastateurs pour certains vignerons en bio qui avaient poudré avec du soufre pour contrer l’oïdium juste avant la prévision des pics de chaleurs.

Pour relever ces défis, voici ce que nous faisons déjà :

° Privilégier les gobelets au ras du sol demande moins d’eau

° Utiliser des légumineuses comme enherbement pour fournir de l’azote de manière naturelle

° Développer un panneau foliaire qui protège le fruit

° Ebourgeonner  afin de réduire les rendements et la consommation d’eau

° Irriguer les jeunes vignes afin d’atténuer le stress hydrique et leur permettre de se développer pleinement

° Eviter l’écimage et l’effeuillage excessifs durant l’été pour ne pas trop exposer les raisins

° Améliorer la circulation de l’air dans les vignes

Cette année, nous avons utilisé du kaolin comme crème solaire pour nos vignes. Nous utilisons déjà cette technique dans nos vergers afin de protéger les fruits  contre les « coups de soleil » et aider la photosynthèse en réduisant le stress hydrique. Cela permet également d’éloigner les insectes nuisibles des baies.

Quels sont donc nos objectifs pour le futur ?

° Dans nos toutes nouvelles parcelles, créer plus d’espace entre les zones boisées et la vigne

° Dans le but d’éviter les sols nus qui reflètent les rayons du soleil, penser à un enherbement qui résiste à la chaleur et qui réclame moins d’eau

° Tester des appareils agricoles photovoltaïques pour la gestion de l’enherbement

Nous sommes convaincus qu’il existe de nombreuses pratiques que les vignerons peuvent adopter afin de rendre nos vignobles plus résistants au changement climatique. Par chance et pendant que d’autres zones, cultivent des cépages qui s’adaptent difficilement aux hautes températures, les cépages du Rhône sud s’adaptent bien mieux au changement climatique. Les quatre hectares de vignes que nous planterons cet hiver incluront du Carignan blanc et du Grenache gris. De nouvelles vignes, c’est la démonstration de notre optimisme.

Ici, nous avons un dicton : « Lorsque tu plantes du Carignan, tu plantes pour tes petits-enfants ».

En tant que gardiens de nos terres, quoi de plus essentiel que la préservation de notre vignoble pour les générations futures ?

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